Une contribution de Christian Bach, responsable du service Vecteurs énergétiques chimiques et systèmes de véhicules Empa Dübendorf
Dans le cadre du consortium SWEET reFuel.ch, l’Empa étudie la faisabilité d’un projet d’e-carburant à Oman en collaboration avec une trentaine d’acteurs du marché et de partenaires industriels suisses et omanais. L’objectif est d’étudier comment la Suisse pourrait à l’avenir s’approvisionner en combustibles et carburants synthétiques. Dans le cadre d’une première étude de faisabilité, qui sera présentée au printemps 2026, seront exposés les sites potentiels, les formes d’organisation, les concepts de production et de certification, ainsi que les concepts d’intégration au marché et de financement. Le projet est mené en étroite collaboration avec la Coalition for Green Energy and Storage (CGES) de l’ETHZ, de l’EPFL, du PSI et de l’Empa.
Le consortium SWEET reFuel.ch a pour objectif d’étudier les voies d’approvisionnement en combustibles et carburants durables et en produits chimiques de base. 15 groupes de recherche issus de neuf hautes écoles, universités et instituts de recherche suisses, ainsi que le département de développement d’une entreprise industrielle, mènent conjointement des recherches sur les approches et les voies juridiques, réglementaires, écologiques, économiques et technologiques pour l’approvisionnement de la Suisse en «molécules vertes» dans le cadre d’un projet de six ans financé par l’Office fédéral de l’énergie dans le cadre du programme d’encouragement SWEET.
Les perspectives énergétiques 2050+ estiment les besoins en combustibles et carburants durables à 30 à 60 térawattheures par an. Cette quantité ne peut pas être produite en Suisse. Le consortium SWEET reFuel.ch examine donc, en collaboration avec l’industrie et les acteurs du marché, la possibilité d’une production dans des pays présentant des potentiels prometteurs (superficie, photovoltaïque, éolien). En raison de son fort ensoleillement, de ses capacités éoliennes et de sa bonne connexion aux voies maritimes internationales, Oman est considéré comme un site prometteur pour la production d’e-carburants.
À l’occasion de la visite du président de la Confédération Alain Berset en novembre 2023, la Suisse et Oman ont signé un protocole d’accord pour une coopération dans le domaine de l’énergie durable et des technologies énergétiques durables. En 2024, le ministère de l’Énergie et des Minéraux d’Oman a confirmé sa coopération avec le consortium reFuel.ch par une lettre d’intérêt et, en mai 2025, un programme de mise en œuvre a été adopté entre l’Office fédéral de l’énergie, représenté par l’ambassadeur suisse à Oman, et le ministère omanais de l’Énergie et des Minéraux. L’initiative du projet e-Fuel du consortium reFuel.ch s’inscrit dans le cadre de ces déclarations d’intérêt et d’intention.
De quoi s’agit-il?
L’étude de faisabilité examine la possibilité de construire une grande installation d’e-carburant d’une puissance électrique connectée de 2 gigawatts (GW). L’installation pourrait être construite à Duqm, une ville portuaire sur la mer d’Arabie, et l’électricité pourrait être produite à partir d’une installation photovoltaïque d’une superficie de 11 km2, d’un parc éolien de 400 éoliennes d’un diamètre de rotor de 160 m ou d’une combinaison des deux dans le désert voisin. L’objectif de l’étude est de déterminer si et comment une telle installation serait réalisable sur le plan technique, organisationnel et économique, et quelle contribution elle pourrait apporter à l’approvisionnement de la Suisse en combustibles et carburants synthétiques. Les premiers résultats sont prometteurs.
Étant donné que les régions désertiques peuvent produire deux fois plus d’électricité que chez nous en raison du rayonnement solaire plus élevé par m2 de surface photovoltaïque et que les parcs éoliens situés près des côtes peuvent produire deux fois plus d’électricité en raison des vitesses de vent plus élevées par éolienne, et que l’espace est disponible, l’électricité nécessaire à la production d’e-carburants peut être fournie à un coût très avantageux , jusqu’à 10 fois moins cher qu’en Suisse dans les grandes installations.
Cependant, le profil de production des installations photovoltaïques et éoliennes varie naturellement beaucoup, même dans cette région. Afin de ne pas dépendre d’énormes capacités de stockage, l’installation de production d’e-carburants devrait présenter une grande flexibilité de charge. Cela signifie que l’installation d’e-carburants doit pouvoir suivre la puissance des installations photovoltaïques et éoliennes. Il n’existe toutefois pas aujourd’hui de grandes installations capables de le faire. Le savoir-faire nécessaire doit donc être développé dans le cadre d’un démonstrateur de système en Suisse, sous la forme d’un projet CGES distinct à Zoug, puis être transposé à grande échelle à Oman.
La réalisation directe de la grande installation présentant un risque trop important, une première installation d’une puissance électrique connectée de 25 MW doit d’abord être réalisée au Port of Sohar and Freezone (port de Sohar et sa zone franche) à Oman, puis une deuxième de 200 MW à Duqm. Ce n’est qu’ensuite que la grande installation de Duqm sera réalisée. Cette montée en échelle permet de développer un concept d’installation flexible concernant la charge, avec des installations plus petites et moins coûteuses, dont les enseignements pourront ensuite être appliqués à l’installation suivante, de plus grande taille.

Une animation montre à quoi pourraient ressembler les trois installations dans les régions désertiques équipées de panneaux photovoltaïques.
Étant donné que ces combustibles et carburants doivent également permettre de mettre en œuvre les mesures obligatoires de réduction des émissions de CO2 en Suisse, ils doivent remplir toutes les conditions requises pour être importés (physiquement) en Suisse. Une fois que les combustibles et carburants durables sont en Suisse, des concepts d’intégration au marché appropriés sont nécessaires pour supporter les coûts supplémentaires. À long terme, les e-carburants pourraient être proposés à des coûts supplémentaires de 25 à 50 %, et le kérosène jusqu’à 100 % par rapport aux combustibles et carburants fossiles actuels; d’ici là, les coûts seront toutefois nettement plus élevés.
Quelles est la suite?
À l’été 2026, l’Empa prévoit de confier le développement du projet à un consortium industriel afin de réaliser une étude de faisabilité détaillée dans le cadre de la prochaine étape. Selon les estimations actuelles, 20 à 40 installations de cette envergure seraient nécessaires pour atteindre les objectifs de zéro émission nette de la Suisse. Le projet à Oman pourrait donc servir de modèle pour la réalisation d’autres installations. Pour des raisons de résilience, ces installations ne seraient bien sûr pas toutes situées à Oman.